
La récolte du coton
Du 16 novembre au 16 décembre 2008, un groupe de 16 personnes dont la moyenne d’âge se situe autour de 60 ans, vit une expérience de solidarité internationale au Mali (Afrique de l’Ouest). C’est avec l’ANSE (Alliance Nord-Sud de l’Estrie), organisme supporté par le CSI (Carrefour de Solidarité Internationale) que la réalisation de ce projet est rendue possible.
Il s’agit d’un séjour exploratoire où nous allons d’abord faire nôtre le quotidien des Maliens, comprendre leur façon de vivre, partager leurs valeurs, leur joie de vivre, leurs difficultés, découvrir leurs coutumes, leurs traditions. Bref, vivre au même rythme qu’eux, en gardant grands ouverts nos yeux et nos oreilles, mais un peu moins notre bouche ‘’d’Occidentaux-au-savoir-faire’’ facile.
Un autre but aussi nous anime : aller voir s’il n’est pas possible d’établir des partenariats à plus long terme, avec une population ciblée, en tenant compte des besoins prioritaires identifiés par cette population lors de notre séjour.
Et, bien sûr, nous voulons profiter aussi de ce séjour pour découvrir le pays.
Durant ces semaines, nous vivons donc des expériences diversifiées :
- une 1re semaine dans la capitale, Bamako, organisée comme suit :
- 4 jours au cours desquels l’ONG (Organisme Non Gouvernemental) KILABO, chargé de l’encadrement du projet, nous met en contact avec quelques attraits et ressources de la capitale. Puis, nous faisons la visite d’un projet de développement solidaire dans une communauté semi-urbaine, en banlieue de Bamako, où un manque flagrant d’approvisionnement en eau , retient particulièrement notre attention.
- 3 jours, où nous sommes répartis, chacun, chacune, dans une famille de Bamako, vivant le quotidien de cette famille et échangeant sur nos cultures réciproques.
- une 2e semaine dans un village de brousse (à 120 km à l’est de Bamako), Missango, avec une population rurale de 1700 habitants vivant essentiellement d’agriculture (mil, sorgho, fonio, mais) et de production de coton, sans services essentiels (électricité, aqueduc, égoûts) et sans équipements agricoles. Ici, nous venons, non pas pour nous balader, mais pour échanger avec la communauté, nous familiariser avec le vécu des gens.
- une 3e semaine, celle-là touristique, à grimper les falaises du Pays Dogon (à +- 700 km de Bamako, classé sur la liste du Patrimoine Mondial de l’ Unesco), en nous arrêtant dans les villes de Ségou, Djenné et Mopti pour y découvrir les plus belles mosquées du pays.
- une 4e semaine (pour 6 d’entre nous qui prolongeons le voyage), à entreprendre un autre circuit touristique (+- 1000 km) au sud et au centre du pays.
Voilà donc comment se répartit notre séjour.
Toutefois, il faut ajouter qu’un tel voyage au cœur du Mali, offre en prime :
- de ‘’brasser’’, de secouer, d’émouvoir, de questionner, de déranger : des principes, des valeurs, des opinions, des émotions, des façons d’exister, d’envisager l’aide aux pays en développement. Un tel séjour force des réflexions, des prises de position ; il incite au changement, il nuance, il relativise, il explique des ‘’comment ‘’ et des ‘’pourquoi’’.
Quand on se retrouve soudainement dans un pays où la pauvreté est omniprésente, où le taux de fécondité est de 7 enfants par femme et où un homme marié peut avoir jusqu’à 5 épouses, où la population adulte est analphabète à 80 %, où l’excision chez les petites filles est encore pratiquée, où le sida fait des ravages et où l’espérance de vie est de 49 ans, devant cet état de faits, notre culture occidentale est profondément secouée, questionnée, interpelée.
Mais quand on côtoie les Maliens un peu plus longtemps, qu’on prend le temps de les écouter, de discuter avec eux, d’observer leur « être » et leur « avoir », on se met forcément à comparer et à réfléchir.
Si, à prime abord, on est porté à déplorer leur situation et à s’apitoyer sur leur sort (ce dont ils n’ont surtout pas besoin !), dans un deuxième temps, on en vient à nuancer notre façon de penser et même à découvrir des avantages à leur façon de vivre, d’être.
Alors donc, faut-il arriver à la conclusion que les Africains sont souffrants, pauvres et malheureux tandis que nous, sommes bien portants, riches et heureux ? Pas si évident ! Ce n’est pas « noir ou blanc » ! Il faut nuancer les faits. Au Mali, nous y avons vu des gens vivant pauvrement, mais pas pour autant plus malheureux que nous, sans doute ; des gens mangeant frugalement, mais prêts à partager leurs repas. Nous avons trouvé là, un peuple ayant un sens de l’accueil peu commun. D’ailleurs, ce qui compte chez eux, ce sont les relations entre les gens, les liens à entretenir avec eux. D’où l’importance des salutations : un long « rituel » pour s’informer de tous et chacun. Mais comme ils prennent le temps de parler, d’échanger, de créer des liens, les affaires à régler ou les tâches à faire peuvent prendre bien du temps à s’accomplir. C’est là que notre grande efficacité occidentale est heurtée par leur lenteur exagérée ! Un proverbe africain amusant dit d’ailleurs : « Vous, vous avez l’heure, nous, nous avons le temps . »
De même, on a vu que les Maliens priorisent l’entraide et la solidarité de groupe. Sans doute que le système « débrouille » naît de la « nécessité à survivre ». C’est ainsi que le soutien aux parents est prioritaire. De même, le système de « tontines », où régulièrement, chacun, chacune des membres d’un groupe donné, verse une petite somme qui revient, tour à tour à l’un ou l’autre des membres concernés. Pendant que nous, on mise sur la réussite individuelle, eux, cherchent à subsister grâce à une économie solidaire. Voilà une différence majeure entre les Africains et nous : la primauté de la collectivité, chez eux, celle de l’individu, chez nous. Qui a à apprendre de qui ? Pas évident : l’esprit communautaire à l’africaine comporte aussi des effets pervers, comme « être étouffant » pour des gens qui n’arrivent pas à remettre l’équivalent reçu à d’autres… Par contre, une autonomie « à l’occidentale » amène aussi beaucoup d’isolement affectif…Rien n’est parfait !
Ce qu’on a vu dans ce pays pauvre, comme sans doute dans tous les pays pauvres africains, c’est aussi cette capacité de créer avec des éléments de la nature ou des objets sans valeur recyclés, réalisant toutes sortes de produits étonnamment beaux ou bons et d’en faire des sources de revenus dans des petits commerces informels ou en vendant leurs produits sur le bord des routes. Que d’ingéniosité ! Bien sûr, ça nous surprend, ça nous achale parfois même, comme touristes ! Mais nous devons nous incliner devant autant de débrouillardise et de créativité, nous, si enclins au gaspillage et à la surconsommation…
En résumé, force nous est de constater que les Africains sont d’abord et avant tout centrés sur les « liens », tandis que nous, nord-américains, il semble que nous privilégions les « biens ».
Et si c’était vrai que le véritable drame humain était d’être déconnecté du monde qui nous entoure, trop centré sur son « ego » ? Et que la véritable richesse résidait plus dans la générosité du cœur et de l’entraide que dans le luxe de sa demeure ? Alors on en arrive à se demander où sont les pauvres et où sont les riches ?
Suzanne Laberge, participante au projet Mali 2008
Janvier 2009
Merci Suzanne pour ta participation à l’enrichissement du site mais surtout pour ta réflexion qui nous amène plus loin dans notre propre réflexion.
Denis
Merci Suzanne pour ce partage. Il nous remet en marche ensemble dans de biens précieux sentiments, gestes, souvenirs et souhaits. Lucie